À savoir :
Achever le premier jet d'un roman est déjà un pas énorme dans votre propre processus artistique, un pas vers une progression certaine, une satisfaction personnelle. Néanmoins, attention de ne pas trop vous laisser pousser des ailes et à ne pas envoyer votre manuscrit à tout va sans s'être préalablement renseigné.
Avant d'envoyer votre manuscrit à un éditeur, il faut d'abord passer par une très longue période de corrections et de réécritures. Si vous voulez avoir des chances de passer la première étape d'un comité de lecture, votre manuscrit doit être impeccable, tant au point de vue de la syntaxe que de l'orthographe. À ceux qui clament « mais c'est le fond qui compte, pas la forme ! » je répondrais que quand un lecteur de comité reçoit une cinquantaine de manuscrits par jour, il ne fera pas un cas d'une première page truffée de fautes d'orthographe, et passera vite au suivant. La forme doit mettre le fond en valeur. Peut-être pensez-vous que l'éditeur passe à côté d'une histoire formidable, mais c'est tout de même la moindre des choses d'envoyer à celui-ci une version propre et la plus aboutie possible de son roman. Un éditeur n'est PAS un relecteur. Très peu vous donneront une opinion, vous recevrez la classique lettre de refus « Malgré les qualités que nous avons trouvé à votre roman, celui ne correspond pas à notre ligne éditoriale. ». C'est donc à vous, auteur, de l'amadouer, de le mettre en condition de lecture optimale.
Les corrections
Corriger, réécrire, sont des étapes cruciales, souvent plus longues que l'écriture même. Je sais, c'est assez effrayant, j'étais la première découragée face à la masse de travail. Voici en tout cas ma méthode : écrire le premier jet, le relire d'une traite en corrigeant les détails, et en notant à côté les problèmes plus difficiles, par exemple d'ordre scénaristique. Ensuite, c'est un travail de longue haleine, qui consiste à reprendre chaque souci point par point, relire des dizaines de fois ses chapitres, bref, tout passer en revue, tout mettre à l'épreuve. Parfois, on ne voit pas du premier coup d'œil les incohérences de son manuscrit, mais après quelques semaines sans y toucher, voire quelques mois, vous aurez beaucoup plus de recul et moins de difficultés à couper, retirer, remanier.
Mais, me direz-vous, c'est difficile d'offrir un manuscrit impeccable quand on a autant travaillé dessus, on connaît les phrases par cœur, les coquilles nous échappent. C'est l'intérêt de ce que l'on nomme les « bêtas lecteurs ». Qu'est-ce qu'un bêta lecteur ? C'est une personne objective et extérieure à votre entourage proche qui vous donnera un avis sur votre manuscrit, vous proposera des pistes de corrections, relèvera des fautes ou des coquilles. Un bêta lecteur n'est pas quelqu'un sur qui vous vous reposez, on ne lui envoie pas un premier jet truffé de fautes non plus, c'est simplement une personne qui, lorsque vous commencez à ne plus voir d'incohérences, de fautes, d'erreurs, de problèmes, va être votre œil neuf sur votre travail. L'idéal est d'avoir au moins deux bêtas lecteurs, afin de pouvoir sélectionner les critiques que vous trouverez les plus intéressantes. Car, évidemment, un avis reste bien souvent subjectif, d'oú l'intérêt de les recouper. Un bêta lecteur peut être par exemple une vague connaissance, un membre d'un forum littéraire. Il existe également un collectif de correction, nommé Cocyclics (
http://cocyclics.org/), qui propose de prendre sous son aile des manuscrits déjà aboutis pour une relecture très poussée, une initiative extrêmement intéressante mais qui est soumise à un règlement bien précis que vous trouverez sur leur site. Sans comptez le fait que ce collectif étant en partenariat avec certains éditeurs, cela peut être d'une aide précieuse.
La prospection :
Vous avez donc corrigé votre roman, d'abord seul, puis à l'aide de vos bêtas lecteurs. Vous relisez votre roman et ne trouvez vraiment rien à redire, aucune coquille, aucune faute. Vous estimez cette version être la plus aboutie possible. Dans ce cas, vous allez commencer à chercher des éditeurs dont la ligne éditoriale est la plus proche possible de votre manuscrit. Qu'est-ce qu'une ligne éditoriale ? C'est une sorte de ligne de conduite que s'est fixée la maison d'édition, une spécialité. Par exemple, les éditions Mille Saisons sont spécialisées dans les genres de l'imaginaire (fantasy et fantastique) et dans le roman en particulier. Vous chercherez donc votre éditeur en fonction du type de votre manuscrit (nouvelles, novella, roman, poèmes, etc.) mais aussi en fonction du genre de votre manuscrit (réaliste, policier, fantastique, fantasy, témoignage, etc), sans oublier de vérifier la taille maximale ou minimale acceptée (exemple : certains éditeurs n'acceptent pas des romans de plus de 500 000 signes, notamment dans maisons d'édition jeunesse). De très grands éditeurs comme Gallimard ont des collections très vastes, dans ce cas-là, il faudra bien veiller à envoyer votre roman à la bonne adresse et bien spécifier le département correspondant au genre de votre manuscrit.
Débutez vos recherches sur internet, les sites des éditeurs sont une source d'informations précieuses sur leur ligne éditoriale. Si celle-ci vous semble floue, n'hésitez pas à envoyer un e-mail ou à téléphoner, les éditeurs préfèrent qu'on leur demande confirmation que votre manuscrit correspond bien plutôt que de leur envoyer quelque chose qui ne les intéressera pas : c'est une perte d'argent, d'énergie et de temps et pour l'auteur, et pour l'éditeur.
Autrement dit, la phase de recherche est très importante, il vous faut sélectionner les éditeurs ayant une ligne éditoriale en adéquation avec ce que vous écrivez. Dit comme cela, cela semble évident, mais les récits biographiques arrivant chez des éditeurs de science-fiction sont légion.
L'envoi :
Vous avez fait votre carnet d'adresse d'éditeurs, votre manuscrit entre bien dans les lignes éditoriales de chacun. Pensez surtout à numéroter vos pages, et à prévoir un pied de page indiquant votre nom.
Maintenant, veillez à bien examiner les modalités d'envoi de chaque éditeur. Certains ne veulent recevoir des manuscrits que par courrier, d'autres uniquement par e-mail, d'autres acceptent les deux. Regardez bien ce que demande l'éditeur : une police d'écriture spéciale, un saut de ligne, un synopsis détaillé... chacun a ses propres directives.
Néanmoins, pour chaque envoi, une chose reste en commun : la lettre d'accompagnement. Une excellente source qui traite de ce sujet est sur le site des
éditions Bragelonne :
http://www.bragelonne.fr/envoi.php